Ruminations by Pierre Marilly

I can’t help but to be totally delighted by my brilliant friend Pierrot’s theoretical musings every single time (I definitely won’t fail to bring a notebook for our date on Wednsday!). This one on the title of my series “Vis-à-vis”:

dimanche 1 juin 2008

Tathata / sur Chin-Chin Wu

” Pour désigner la réalité, le bouddhisme dit sunya, le vide ; mais encore mieux : tathata, le fait d’être tel, d’être ainsi, d’être cela ; tat veut dire en sanskrit cela et ferait penser au geste du petit enfant qui désigne une chose du doigt et dit : ta, da, ça ! Une photographie se trouve toujours au bout de ce geste. Elle dit : ça, c’est ça, c’est tel ! [...] La photographie n’est jamais qu’un chant alterné de “voyez”, “vois”, “voici” ; elle pointe du doigt un certain vis-à-vis, et ne peut se sortir de ce pur langage déïctique.”

Barthes, Roland, La chambre claire, Paris, Cahiers du cinéma, Gallimard, 1980, p.15-16

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Extrait de la série “Vis-à-vis”, Chin-Chin Wu, 2006-08

Mon amie Chin-Chin Wu est l’auteur d’une série de photographies qu’elle a rebaptisé récemment “Vis-à-vis”. Je m’interrogeais jusqu’à ce matin sur ce nouveau titre sans trouver de réponse particulière. Connaissant le grand soin qu’apporte cette artiste à fonder son propos sur une série de photographies qui rencontre, j’en suis certain, des réactions très variées, je déduis que ce titre fonctionne comme une petite annexe, une note de bas de page. Sans chercher à l’enfermer dans un sens particulier, ce qui serait de mon point de vue réducteur pour la série, le titre “Vis-à-vis” me semble être néanmoins un indice donné par Chin Chin sur les spécificités photographiques de son travail. Car il s’agit bien d’un pur travail photographique ; inscrit dans son histoire, conscient de ses codes, malmenant une tradition picturale, et jouant avec ce que l’outil photographie peut faire de mieux : brouiller les pistes, faire se superposer les grilles d’analyse du spectateur. L’érotique (la pulsion libidinale au centre de l’acte photographique), le pornographique (la tristesse de la chair offerte dans un éclairage uniforme, morcelée, défigurée), le médical (le point de vue clinique sur la femme et son appareil génital) et le politique (la connaissance des femmes de leur sexe, dans une approche féministe) dialoguent pour une fois dans un travail qui n’exclue aucun de ces champs, qui au contraire s’appuie sur la force polysémique de la photographie et s’enrichie par tous les discours qui y cohabitent.

Vis-à-vis, donc, est un terme qui suppose un échange, un dialogue, fait intervenir la notion du spectateur, du regardé-regardant plus précisément. On dit d’une vue qu’elle est sans vis-à-vis pour marquer l’absence d’un regard de l’extérieur vers l’intérieur, mais aussi pour signifier l’impossibilité de notre regard (puisque supposé voyeuriste) à pénétrer chez l’autre. Le vis-à-vis est un pacte silencieux du regard.

Et c’est précisément le regard, plus que le sexe, qui est au centre de cette oeuvre “Vis-à-vis”.

Currently listening :
Beethoven: Complete Sonatas for Pianoforte & Cello
Peter Wispelwey, Paul Komen
Release date: 1993-08-17

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About Chin-Chin 沁沁

I work with lens-related media. The core of my work examines the human condition through the exploration, inquiry, and deconstruction of notions of body identity, desire, eroticism and/or sexuality. I also write occasional articles on images for a couple of venues (I should find the time to do it more). Reflecting on images and provoking unusual connections are part of what makes my pulse quicken. I live in Paris the City of Lights since the last millennium. I should mention that I'm Chinese by birth and American by citizenship, with a few other residencies on other continents thrown in between. Being a diasporic "Chinese-American” with a migratory past has given me a unique vantage point to gain postmodern insight, to break away from metanarratives where "validity" and "legitimacies" reside. I'd like to quote French philosopher and theorist Jean-François Lyotard who states in The Postmodern Condition: "Postmodern knowledge is not simply a tool of the authorities; it refines our sensitivity to differences and reinforces our ability to tolerate the incommensurable."

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